Puis-je coller les données de mes clients dans ChatGPT ?
Un salarié qui colle le nom d'un client, un extrait de contrat ou une fiche RH dans un outil d'IA transmet une donnée personnelle à un tiers. Ce que ça change juridiquement, pour vous, pas pour lui.
Page de vulgarisation juridique, pas un conseil individualisé : chaque situation d'entreprise mérite sa propre analyse. Cadre à revérifier avant le 2 décembre 2026 — le calendrier de l'AI Act européen est encore en transition à la date de rédaction, voir la section dédiée plus bas. Vérifié le 2 septembre 2026.
Un salarié copie le nom d'un client, colle un extrait de contrat ou une fiche RH dans un outil d'IA pour gagner dix minutes. Le geste paraît anodin. Juridiquement, il ne l'est pas : cette donnée personnelle vient d'être transmise à un tiers, hébergé le plus souvent hors de l'Union européenne. Et ce n'est pas le salarié qui en répond. C'est l'entreprise.
Votre fournisseur d'IA est un sous-traitant, pas un simple logiciel
Un traitement de texte ne fait rien de vos données une fois le fichier fermé. Un outil d'IA, si : il reçoit ce que vous lui donnez, et selon l'offre choisie, peut le conserver ou s'en servir pour s'améliorer. Le RGPD a un mot pour ce rôle : sous-traitant. L'article 28 du règlement impose que cette relation soit encadrée par un contrat, avec des garanties précises sur ce que le sous-traitant a le droit de faire des données reçues.
Bonne nouvelle pratique : ce contrat existe presque toujours déjà, sous la forme des conditions d'utilisation de l'outil. Le travail du dirigeant n'est pas d'en rédiger un nouveau, mais de vérifier deux points avant d'autoriser un usage en entreprise : l'offre choisie exclut-elle l'utilisation des données pour l'entraînement (souvent réservé aux offres payantes ou « entreprise »), et où ces données sont-elles hébergées. La CNIL, dans sa quatrième recommandation sur l'IA publiée en juin 2025, rappelle que la qualification d'un acteur (responsable de traitement, sous-traitant, ou les deux) ne dépend jamais d'un choix contractuel arbitraire, mais d'une question de fait : qui décide de la finalité, et qui exécute.
Ce que ça change concrètement pour une TPE
Informer, pas interdire. Le RGPD n'interdit pas l'usage de l'IA avec des données personnelles. Il exige que les personnes concernées (vos clients, vos salariés) en soient informées, généralement via votre politique de confidentialité déjà existante, complétée d'une mention sur les outils utilisés.
Fixer une règle interne, pas laisser chacun décider. Puisque l'entreprise porte la responsabilité, un usage livré à l'appréciation individuelle de chaque salarié est le scénario le plus risqué. Une règle simple suffit dans la plupart des TPE : quelles données peuvent être collées dans quel outil, et lesquelles ne le doivent jamais (informations médicales, données bancaires, mineurs).
Vérifier le pays d'hébergement. La plupart des grands outils d'IA sont américains. Un transfert de données personnelles vers les États-Unis reste encadré par le RGPD (clauses contractuelles types, ou certification au cadre de protection des données UE-États-Unis) — un point à vérifier dans les conditions du fournisseur, pas à ignorer parce que l'outil est populaire.
L'AI Act : ce qui s'applique déjà, ce qui ne s'applique pas encore
Le règlement européen sur l'intelligence artificielle est entré en vigueur par étapes, et son calendrier a lui-même été révisé en juillet 2026 par un texte de simplification (le « Digital Omnibus » sur l'IA). Ce que ça donne, à la date de cet article :
- Depuis le 2 août 2026, l'article 50 du règlement impose qu'un système d'IA qui échange directement avec une personne (un chatbot, par exemple) l'informe qu'elle interagit avec une IA, sauf si c'est déjà évident. Cette obligation pèse d'abord sur le fournisseur du système. Une TPE qui utilise un assistant IA existant (ChatGPT, Copilot) n'a rien à faire de plus que ce que l'outil fait déjà. Une TPE qui construit son propre chatbot de service client au-dessus d'une API d'IA devient, elle, fournisseuse de ce système et porte directement cette obligation de disclosure.
- Jusqu'au 2 décembre 2026, une période de transition s'applique aux fournisseurs de systèmes déjà commercialisés avant août 2026, pour le marquage technique des contenus générés (une image ou un texte reconnaissable comme généré par IA par une machine).
- Les systèmes dits « à haut risque » (recrutement automatisé, notation de crédit, évaluation scolaire) relèvent d'un régime bien plus lourd, dont l'application a été repoussée à décembre 2027, voire août 2028 pour certains cas. Un simple outil de rédaction ou de service client n'en relève pas.
Ce que cette page ne prouve pas
Deux réserves. D'abord, ce texte vulgarise un cadre juridique en mouvement rapide : le calendrier de l'AI Act a déjà été révisé une fois en 2026, et pourrait l'être à nouveau. La date de péremption indiquée en tête de page (2 décembre 2026) correspond à la prochaine échéance connue, pas à une garantie de stabilité au-delà. Ensuite, cette page ne remplace pas une analyse individualisée : une entreprise qui traite des données sensibles (santé, données bancaires, mineurs) ou qui envisage de construire son propre outil d'IA a intérêt à consulter un professionnel du droit, pas seulement cette page.
Questions fréquentes
Mon salarié qui utilise ChatGPT pour rédiger un e-mail engage-t-il ma responsabilité ?
Oui, s'il y colle une donnée personnelle (nom de client, adresse, contenu d'un contrat). C'est l'entreprise, pas le salarié, qui est responsable de traitement au sens du RGPD : c'est à elle de définir les usages autorisés et d'informer les personnes concernées, pas à chaque employé de le décider seul.
Dois-je signer un contrat avec OpenAI, Anthropic ou Google pour utiliser leur IA légalement ?
Un contrat existe déjà : ce sont leurs conditions d'utilisation, qui font généralement office d'accord de sous-traitance au sens de l'article 28 du RGPD. Le travail qui reste au dirigeant est de vérifier que ces conditions couvrent bien la sous-traitance de données personnelles, pas de rédiger un nouveau contrat à chaque fois.
Un simple outil de rédaction IA est-il concerné par l'AI Act au même titre qu'un système de recrutement automatisé ?
Non. L'AI Act réserve ses obligations les plus lourdes aux systèmes dits « à haut risque » (recrutement, notation de crédit, éducation), avec une application reportée à fin 2027 ou 2028. Un outil de rédaction ou un chatbot de service client relève d'un régime de transparence plus léger, détaillé plus bas.
Sources
Textes vérifiés directement sur Légifrance, EUR-Lex et cnil.fr, consultés le 2 septembre 2026.
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Article 28 — Règlement général sur la protection des données (RGPD) — EUR-Lex
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Déterminer la qualification juridique des fournisseurs de systèmes d'IA — CNIL
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Délibération n° 2025-047 du 5 juin 2025 (quatrième recommandation IA/RGPD) — CNIL, publiée au Journal officiel via Légifrance
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Article 50 — Règlement sur l'intelligence artificielle (AI Act) — EUR-Lex
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Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (« Digital Omnibus » sur l'IA) — EUR-Lex, Journal officiel de l'Union européenne